Rien d’étonnant dans le Motu Proprio « Spiritus Domini »

Le motu proprio « Spiritus Domini », rendu public ce lundi 11 janvier 2021 fait encore jaser le monde. Des individus ont encore trouvé une occasion pour dire des inepties ou pour d’autres encore pour troubler ou pour se laisser troubler par des gens moins aguerris ou qui sont déranger par la présence féminine près de l’autel.

Nous ne savons pas au juste ce qui est étrange ou nouveau. Dans nos communautés paroissiales ou dans nos assemblées liturgiques, les femmes ou les filles accomplissent déjà un service comme la lecture, le service d’autel ou encore dispensatrices de l’Eucharistie. Sauf que ce n’est pas institutionnalisé. Maintenant, le motu proprio demande que cela soit un mandat spécifique. Quand nous lisons des titres comme « Le Pape ouvre aux femmes les ministères du Lectorat et de l’Acolytat » ou « Le pape met en avant le rôle des femmes sans leur ouvrir la prêtrise », nous sommes un tout petit peu choqué. Ne serait-il pas mieux de dire « Le pape officialise l’ouverture des fonctions liturgiques aux femmes » Comme nous l’avions dit plus haut ? C’est une pratique dérogatoire, autorisée par des évêques. Le pape ne l’a que rendue légale aux yeux de toute l’Église catholique. Alors le Motu proprio modifie le premier paragraphe du canon 230 du Code de Droit canonique de 1983, établit l’accès des femmes à ces ministères, et, à travers un acte liturgique qui les institutionnalise.

Aussi, nous sommes étonnés de savoir que les gens sont étonnés. Comme le dit le Pape François lui-même, il n’a voulu accepter que les recommandations qui ont émergé des différentes assemblées synodales de par le passé. Il écrit qu’un « développement doctrinal a été atteint ces dernières années, qui a mis en évidence le fait que certains ministères institués par l’Église ont pour fondement la condition commune du baptisé et du sacerdoce royal reçu dans le sacrement du baptême ». Il nous invite à reconnaître qu’il s’agit de ministères laïcs « distincts, dans leur essence, du ministère ordonné reçu dans le sacrement de l’Ordre ». C’est bien différent de la dérogation établi par le pape Paul VI, qui, en 1972, tout en abolissant les « ordres mineurs », avait décidé de maintenir ces ministères, et mais l’accès ne sera réservé qu’aux hommes, parce qu’il les considérait comme préparatoires à un éventuel accès aux saints ordres.

La nouvelle formulation du canon se lit comme suit: « Les laïcs qui ont l’âge et les qualités requises établies par décret de la conférence des Évêques, peuvent être admis d’une manière stable par le rite liturgique prescrit aux ministères de lecteur et d’acolyte », la spécification «laïcs hommes », présente dans le texte du Code jusqu’à l’amendement d’aujourd’hui, est donc supprimée. Disons que la pertinence du Lectorat et de l’Acolytat est perçue en référence au sacerdoce baptismal et non seulement en relation avec le sacerdoce ordonné. Ces ministères s’inscrivent dans la dynamique de collaboration réciproque qui existe entre les deux sacerdoces, et ils ont de plus en plus mis en évidence leur caractère proprement « laïc », lié à l’exercice du sacerdoce commun à tous les baptisés.

Une décision qui a fait un bon bout de chemin

En rappel, lors d’un synode consacré à la Bible fin 2008, les évêques avaient jugé « souhaitable que le  »ministère du lectorat soit ouvert aux femmes ». Mgr Rino Fisichella, président du Conseil pontifical pour la promotion de la nouvelle évangélisation, disait dans une interview sur les ondes de Radio Vatican : « Nous savons comment cela se passe dans nos églises : la première personne disponible est appelée à faire la lecture. Mais la parole de Dieu doit trouver des personnes, femmes, hommes, qui sont capables d’une parole authentique et d’une intelligence du texte sacré en le proclamant ». Mais le pape d’alors, Benoît XVI, n’avait finalement pas retenu cette proposition.

C’est le lundi 30 septembre 2019 que le pape François a marqué sa volonté de «former» de simples fidèles compétents hommes et femmes à qui serait conféré «un ministère» (une fonction reconnue) de lecture de la Bible, une recommandation, valorisant le rôle des femmes dans les célébrations liturgiques sans toutefois leur ouvrir la porte à la prêtrise. Il avait donc publié ce jour une lettre apostolique qui institue un « dimanche de la Parole de Dieu », fin janvier, destiné à faire mieux connaître la Bible aux fidèles catholiques. « Les Évêques pourront, en ce dimanche, célébrer le rite du lectorat, ou confier un  »ministère » similaire, pour rappeler l’importance de la proclamation de la Parole de Dieu dans la liturgie », écrivait le pape François. « Il est fondamental de faire tous les efforts nécessaires pour former certains fidèles à être de véritables annonciateurs de la Parole avec une préparation adéquate », avait-t-il ajouté. Un membre de la Curie, chargé de préciser le sens de cette lettre papale, a spécifié que ces fidèles laïcs spécialement formés pouvaient être des hommes ou des femmes.

Qu’est-ce qu’il y a d’étonnant dans cette décision ?

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